Pourquoi nous sommes à Nuit Debout

Les membres du collectif qui contribuent à la gestion de la BiblioDebout ont souhaité publier ce texte pour faire savoir pourquoi ils participent à la Nuit Debout. Au-delà de l’organisation de cette bibliothèque commune, nous sommes partie prenante du mouvement Nuit Debout, en accord avec ses aspirations et principes de fonctionnement. Ce texte exprime nos motivations et les raisons qui nous poussent à participer à l’occupation de la Place de la République.

BiblioDebout

Un projet de loi Travail qui ignore les activités contributives 

Entre l’État et le marché, un nombre croissant d’individus s’engagent aujourd’hui dans des activités contributives pour participer aux développements de Communs. Qu’il s’agisse de création d’œuvres ou de logiciels sous licence libre, de contributions à Wikipédia ou au développement de ressources éducatives ouvertes, de participation à des tiers-lieux ou à des espaces d’innovation partagée… Ces démarches de production de connaissances en Communs se multiplient et font sens pour beaucoup d’entre nous.

Le projet de loi Travail ne satisfait pourtant pas ces aspirations ; il risque même de leur porter un coup violent. En fragilisant encore davantage la condition de nombreuses couches de la population, il empêchera les individus de se consacrer à la production de ressources partagées. L’État devrait, au contraire, soutenir le développement des communs, en reconnaissant la valeur et l’importance de ces activités contributives et en favorisant la capacitation des individus.

Pour ces raisons, nous sommes solidaires avec le mouvement Nuit Debout dans sa lutte contre l’esprit du projet de loi Travail.

Des dérives sécuritaires qui s’attaquent au principe des Communs

Depuis plusieurs années, le gouvernement s’est engagé dans une dérive sécuritaire, avec le vote d’un cortège de lois qui ont gravement fragilisé l’exercice des libertés publiques, au nom de la lutte contre le terrorisme.

Pour créer et gérer des Communs, les groupes ont en effet besoin de pouvoir se former et exercer leur liberté d’opinion, d’expression, de réunion, de déplacement et de manifestation. C’est cette capacité d’action collective qui est directement visée par l’instauration d’un état d’exception permanent.

L’occupation pacifique de la Place de la République à Paris participe de la reconquête de l’espace public par tou-te-s et de la réinvention d’usages communs. Par notre présence ici, nous signifions au gouvernement qu’en dépit de l’état d’urgence, nous ne renoncerons pas à nos droits fondamentaux.

Pour ces raisons, nous sommes solidaires avec le mouvement Nuit Debout dans sa lutte pour la réappropriation des libertés civiles.

Un profond besoin de renouvellement de la démocratie 

Depuis plusieurs années, nous militons tou-te-s à des degrés différents pour le développement des Communs de la connaissance, pour la diffusion des savoirs et le partage de la culture.

La BiblioDebout est née au sein du Collectif SavoirsCom1. Constitué de nombreux bibliothécaires, enseignants, chercheurs, étudiants et autres professionnels, nous avons accepté de jouer le jeu institutionnel en participant à de nombreuses consultations organisées par le gouvernement et en travaillant avec des représentant-e-s élu-e-s pour leur soumettre nos arguments. Mais même lorsque nous avons réussi à convaincre, ces efforts ont été à chaque fois déçus, tant le déséquilibre des influences est patent. La démocratie est grippée par l’influence de puissants lobbys, qui verrouillent le système et rendent vaine l’implication des citoyen-ne-s.

Nuit Debout constitue un laboratoire de nouvelles expériences démocratiques, plus directes et plus horizontales. BiblioDebout est aujourd’hui un rassemblement où prime la diversité de personnes. Nous sommes cependant réunies par le désir commun de participer à ce mouvement pour faire la preuve que les modes de gouvernance ouverte peuvent prendre le relais d’instances représentatives à bout de souffle. Nous voulons redonner le pouvoir d’agir aux citoyen-ne-s, en proposant d’autres formes de propriété et d’usage partagés. Nous souhaitons nous lier aux autres composantes du mouvement dans l’esprit de convergence des luttes qui nous anime tous.

Pour ces raisons, nous sommes solidaires avec le mouvement Nuit Debout dans sa lutte pour l’invention de nouvelles pratiques politiques.

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NB : si vous souhaitez nous aider, imprimez ce texte pour nous aider à le diffuser et faites-le circuler sur Internet.

4 thoughts on “Pourquoi nous sommes à Nuit Debout

  • Bonjour,

    très belle démarche que le souhait du partage et de la fertilisation des connaissances
    En espérant que vous pourrez fertiliser avec http://inventaire.io votre démarche ainsi que http://encommuns.org
    Il y a en ce moment un reprise “en fanfare” de la notion de Tiers-Lieux par les différentes sphères publiques et politiques.
    La majorité d’entre elles n’ont probablement jamais lu l’ouvrage (les ouvrages) de Ray Oldenburg à ce sujet et confonde encore le tiers-lieu avec l’appropriation faite maladroitement par starbucks …
    Cependant, une mobilisation des bibliothèques physiques ou numériques semble se coordonner autour de la notion de tiers-lieu, pour ce qu’ils sont, des lieu, espace et interface d’échange et de discussion qui peuvent permettre, si l’on y met les moyens nécessaires et suffisant, de favoriser les rencontres et la créativité collective.
    En espérant avoir pu contribuer utilement et en remerciant aussi tout ceux qui ont pu propager le concept de tiers-lieu en francophonie … reste à revenir aux sources de ce concept et veiller à ne pas le dénaturer par l’industrialisation techno-machin chose qui en font un terme “chapeau” à la mode et qui sert de “label” à des initiatives complétement différentes de l’idée même d’un tiers-lieu

    Bien à vous

    Amaury

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