Une soirée à la BiblioDebout

Nous nous organisons sur une liste de diffusion qui compte un peu de plus de 80 membres à présent. Chaque soir où la BiblioDebout est installée sur la Place de la République, l’un de ceux qui sont présents écrit un compte-rendu qu’il envoie aux autres afin de raconter la soirée et de les tenir informés de ce qui s’est passé.

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Nous avons décidé de publier de publier le compte-rendu ci-dessous, écrit par l’un d’entre nous, pour donner un aperçu de la manière dont se déroule une soirée à la BiblioDebout.

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Quelques mots pour résumer cette soirée du 80 mars (déjà !) à la BiblioDebout à République.

Je ne vous cache pas que j’ai dû me faire un peu violence pour repartir sur la place en rentrant du travail. La fatigue, la lassitude, les questions qui se sont accumulées sans forcément trouver de réponse cette semaine…

Mais on repart quand même, et quand j’arrive à 18h30, un petit groupe est déjà là. On est suffisamment nombreux tout au long de la soirée pour que ce soit vivant, surtout qu’il y a quand même pas mal de monde sur la place.

On parle entre nous : de la façon dont s’est passée la manif du jour (mieux visiblement cette fois, avec moins de violences), des sujets pas simples dont nous avons discuté sur la liste cette semaine. Des membres des autres commissions viennent nous saluer, contents de nous revoir.

Très vite, les doutes et la lassitude s’envolent avec l’activité qui reprend à la BiblioDebout. 

Il y a des petites choses qui font plaisir. Avec la cagnotte on est allés retirer des étiquettes et en avons à présent 750 (\o/). On a aussi testé un modèle de marque-page BiblioDebout qui a fière allure (futur collector !). 

Les dons se succèdent. Pas énormes, mais quand même (70 environ dans la soirée). Un très beau don des Editions du Monde Libertaire arrive (44 bouquins, pile dans la thématique). Fait amusant, le monsieur vient d’abord un peu timide en demandant si on veut bien prendre ses livres “parce que des fois, c’est mal vu”. On est au contraire bien contents de les recevoir.

A un moment, une personne passe, qui a participé à Occupy Wall Street et elle nous raconte combien la People’s Library avait pris d’importance, avec des milliers de livres, des tentes, etc. Visiblement, des gens venaient à la fin rien que pour la voir. Il nous encourage à continuer et étrangement, il nous dit que selon lui, Nuit Debout lui paraît “plus intellectuel” qu’Occupy Wall Street. Par exemple, il n’y avait pas d’université populaire au Zuccoti Park. C’est étrange, j’avais le sentiment inverse.

Mon passage préféré de la soirée à présent en lien avec les questions de tri, d’acceptation des dons et de la “censure”. 

A mon moment, un type passe rapidement et il nous pose, là comme ça, sur une pile de bouquins un peu sur le côté, le fameux “Métronome” de Laurent Deutsch.

Argh… Crispation… Que faire ?

On se regarde les uns les autres. On sourit d’un air un peu gêné. Le type est déjà loin… J’ai l’impression que le Laurent Deutsch sur la couverture me nargue en me disant “Alors ? Alors ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu me gardes ? Ou pas ?”

Finalement, je craque et je décide coller un post-it sur la couverture avec les mots “À manier avec précaution…”. Manière de dire : “OK, tu restes, mais personne n’est dupe”.

Grave erreur !

Un autre gars passe et il commence à poser des questions sur la BiblioDebout, en se postant du côté où est posé Métronome. Et là, comme c’est le seul bouquin avec un post-it, il le voit et… le prend ! L’inscription l’intrigue ; il demande pourquoi on a mis ça sur ce bouquin (visiblement, il ne connaît pas toute la polémique qu’il y a eu autour du livre). On lui explique rapidement le problème. 

Finalement, il dit : “Tiens, vous m’avez donné envie de le lire, pour voir”. Et il… part avec le livre !

Moralité : une recommandation négative reste quand même une recommandation et ça a provoqué ici une sorte d’effet boomerang non désiré. Du coup,  grâce à ce post-it un peu idiot, on a fait gagner un lecteur de plus à Laurent Deutsch, qui n’en avait vraiment pas besoin… Cela dit, on a aussi écoulé en masse des livres des éditions du Monde Libertaire, donc je pense que ça équilibrera notre karma ! 

Autre exemple frappant de la relativité des choix. A un moment, on nous dépose une petite pile de DVD avec des trucs assez ringards, genre un film d’action avec Patrick Swayze… Et du gros blockbuster, avec plusieurs Jason Bourne.

J’étais un peu gêné et bien tenté de les mettre de côté. Et puis, un gars arrive. Il prend “La Mémoire dans la peau” et il commence à dire. “J’adore ce film. C’est exactement ce qui nous arrive en plus.” Interloqué, je lui réponds : “Ha bon ?” Et là, il m’ explique que ça raconte pour lui l’histoire d’un type que le système cherche à écraser,  en lui enlevant son identité. Et qu’on est “tous pareils en ce moment”. J’avoue que je n’avais jamais envisagé les choses ainsi… mais difficile de lui donner tort ! 

Il repart avec ce DVD, parce qu’il a envie de revoir le film. Mais il laisse Jurassik Park (“C’est nul”). Je le regarde s’éloigner et je me dis que “ce qui fait sens dans un contexte comme Nuit Debout” peut vraiment revêtir des visages très différents…

Au fil de la soirée, la BiblioDebout rétrécit, à mesure que les uns et les autres du groupe finissent par partir en emportant des bouquins. Un peu comme l’AG d’ailleurs, qui se rabougrit et sera réduite à pas grand chose vers 10 heures. On décide finalement de plier, parce qu’il ne nous reste presque plus rien.

En partant, je me dis que malgré les doutes, la fatigue, les désillusions liées au mouvement, il se passe quand même toujours quelque chose d’assez incroyable quand on installe la BiblioDebout et que, vaille que vaille, ça continue à faire sens pour moi d’être encore là plutôt qu’ailleurs.

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